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Au pays d'Héloïse / Ngo Van

Type : LivreGenre : Biographie, autobiographieAuteur: NGO, VanEditeur : Montreuil : Insomniaque (L') , 2005Description matérielle : 1 vol. (109 p.)ISBN : 2-915694-08-7.Résumé : Ngo Van entreprend l'écriture de sa vie en usine, de ses réunions avec le comité des grévistes, de sa passion pour la culture, de sa fréquentation aux cours du soir. La mort l'emporte avant que le récit ne soit publié. Au pays d'Héloïse devient alors un recueil de ce qu'il avait écrit, de quelques uns de ses textes inédits, de quelques articles qu'il avait publié, de récits d'amis qui ont voulu rendre hommage à cette grande figure de vietnamien libre. Ngo Van naît à Saigon en 1913 d'une famille de paysans. Il participe aux luttes anti-coloniales dès la première heure. Il se réfugie en France en 1948 pourchassé par le Parti Communiste Indochinois. Il n'était pas staliniste mais trotskyste. Ouvrier autodidacte, il travaillera toute sa vie aux usines Jeumont-Schneider comme électricien. Il connaît un grand nombre d'intellectuels français, participe à diverses revues. Toujours actif, assoiffé de découvertes et connaissances il passe de l'écriture à la peinture et à l'exercice de la calligraphie.Extrait : Travail des migrants.p. 23« Nous sommes en novembre 1951. Il fait nuit encore à Nanterre. L'usine d'automobile Simca, debout, immense, dans ses pans de vitres sales éclairées, sinistre silhouette géométrique découpant le ciel pâlissant de l'aurore. A la porte d'entrée des ouvriers au flanc droit de l'usine , face à un bistrot archibondé, je me mêle à la foule dense dans l'attente que la porte s'ouvre pour s'y engouffrer. J'intègre la classe ouvrière. Deux cerbères en uniforme contrôlent l'entrée : chaque ouvrier, en passant, présente sa fiche d'identité enchâssée dans un étui de tôle rigide. Je leur montre ma feuille de convocation pour un essai. Ils m'indiquent le bureau d'embauche. Il s'appelle M. Bouygues, le chef du personnel. Je me suis présenté pour un emploi d'électricien. « Jamais travaillé encore ? Trente-huit ans ! », s'exclame-t-il, l'air étonné en me regardant. Comme s'il se disait : ces Asiatiques, leur âge, c'est un mystère. Après examen de mes certificats d'électricité industrielle du Conservatoire des arts et métiers, il me dirige au troisième étage pour faire un essai à l'atelier d'entretien et de réparation électrique. » p. 27« Je continue les cours du soir au Conservatoire des arts et métiers. Avec les certificats des trois années de théorie en électricité industrielle, je suis admissible aux cours de travaux pratiques. L'école ne dispose que d'une dizaine de places dans son laboratoire aménagé dans la chapelle attenante. Y sont admis en priorité les élèves certifiés ayant obtenu les meilleures notes à l'examen. Le soir de la sélection, débarquant de l'usine, je suis arrivé en retard aux Arts et Métiers. Dans la petite salle déjà archibondée, je ne sais comment j'ai pu me faufiler et me présenter parmi les premiers à la commission de sélection. Parmi les candidats qui ont les mêmes notes, la chance sourit à ceux qui présentent leurs papiers les premiers. Admis, je respire. Je me sauve en vitesse. « Le chinetoque s'est drôlement défendu ! », chuchote quelqu'un dans la foule derrière moi. Je suis confus, j'ai honte : en venir à lutter contre ses congénères pour la survie. Mais, à la fin des travaux pratiques, j'aurai peut-être la possibilité de trouver un gagne-pain moins pénible.»Emigrer.p. 41« J'avais quitté le pays au printemps 1948. Le chagrin déchirant d'une mère silencieuse devant le départ sans retour de son fils prodigue Les larmes d'une enfant de douze ans tenant dans ses bras son petit frère ! Le vieil arbre flottant à la dérive sur le fleuve ne peut retourner à sa terre natale, cette image voltigeait dans mon plafond lorsque, au port de Saigon, le Porthos leva l'ancre en cette triste fin d'après-midi.Le paquebot des Messageries maritimes mettra plus de quatre semaines pour nous trimballer de Saigon à Marseille.En quatrième classe, je voyage dans la cale avec une dizaine de jeunes qui veulent faire leurs études en France. Nous dormons sur des couchettes superposées. En fond de cale reposent les cercueils des officiers du corps expéditionnaire français récemment tombés dans une embuscade à Dalat. Les fantômes de la guerre d'Indochine nous poursuivent. »Etre un étrangerp. 43« Cet hiver-là, je découvre pour la première fois de ma vie de l'eau gelée, dans la vasque devant l'église Saint-Sulpice. Je touche au bloc de glace. » La langue.p. 42« Chez nous, en pays chaud, on dort sur le lit de camp formé d'épaisses planches rassemblées et on se couvre de nattes. Nous ignorons l'expression « entrer dans le lit ».Lutter ensemble, lutter contre.p. 102" [ ] le choc émerveillé de la rencontre avec l'esprit libertaire de Rousseau a eu lieu, que ce soit pour lutter contre l'impérialisme colonial ou contre la bureaucratie dominante. »Sujet - Nom commun : travail | vietnamien -- population
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Empruntable Empruntable Fonds littéraire NGO A (Parcourir l'étagère) Disponible
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Ngo Van entreprend l'écriture de sa vie en usine, de ses réunions avec le comité des grévistes, de sa passion pour la culture, de sa fréquentation aux cours du soir. La mort l'emporte avant que le récit ne soit publié. Au pays d'Héloïse devient alors un recueil de ce qu'il avait écrit, de quelques uns de ses textes inédits, de quelques articles qu'il avait publié, de récits d'amis qui ont voulu rendre hommage à cette grande figure de vietnamien libre. Ngo Van naît à Saigon en 1913 d'une famille de paysans. Il participe aux luttes anti-coloniales dès la première heure. Il se réfugie en France en 1948 pourchassé par le Parti Communiste Indochinois. Il n'était pas staliniste mais trotskyste. Ouvrier autodidacte, il travaillera toute sa vie aux usines Jeumont-Schneider comme électricien. Il connaît un grand nombre d'intellectuels français, participe à diverses revues. Toujours actif, assoiffé de découvertes et connaissances il passe de l'écriture à la peinture et à l'exercice de la calligraphie.

Extrait Travail des migrants.p. 23« Nous sommes en novembre 1951. Il fait nuit encore à Nanterre. L'usine d'automobile Simca, debout, immense, dans ses pans de vitres sales éclairées, sinistre silhouette géométrique découpant le ciel pâlissant de l'aurore. A la porte d'entrée des ouvriers au flanc droit de l'usine , face à un bistrot archibondé, je me mêle à la foule dense dans l'attente que la porte s'ouvre pour s'y engouffrer. J'intègre la classe ouvrière. Deux cerbères en uniforme contrôlent l'entrée : chaque ouvrier, en passant, présente sa fiche d'identité enchâssée dans un étui de tôle rigide. Je leur montre ma feuille de convocation pour un essai. Ils m'indiquent le bureau d'embauche. Il s'appelle M. Bouygues, le chef du personnel. Je me suis présenté pour un emploi d'électricien. « Jamais travaillé encore ? Trente-huit ans ! », s'exclame-t-il, l'air étonné en me regardant. Comme s'il se disait : ces Asiatiques, leur âge, c'est un mystère. Après examen de mes certificats d'électricité industrielle du Conservatoire des arts et métiers, il me dirige au troisième étage pour faire un essai à l'atelier d'entretien et de réparation électrique. » p. 27« Je continue les cours du soir au Conservatoire des arts et métiers. Avec les certificats des trois années de théorie en électricité industrielle, je suis admissible aux cours de travaux pratiques. L'école ne dispose que d'une dizaine de places dans son laboratoire aménagé dans la chapelle attenante. Y sont admis en priorité les élèves certifiés ayant obtenu les meilleures notes à l'examen. Le soir de la sélection, débarquant de l'usine, je suis arrivé en retard aux Arts et Métiers. Dans la petite salle déjà archibondée, je ne sais comment j'ai pu me faufiler et me présenter parmi les premiers à la commission de sélection. Parmi les candidats qui ont les mêmes notes, la chance sourit à ceux qui présentent leurs papiers les premiers. Admis, je respire. Je me sauve en vitesse. « Le chinetoque s'est drôlement défendu ! », chuchote quelqu'un dans la foule derrière moi. Je suis confus, j'ai honte : en venir à lutter contre ses congénères pour la survie. Mais, à la fin des travaux pratiques, j'aurai peut-être la possibilité de trouver un gagne-pain moins pénible.»Emigrer.p. 41« J'avais quitté le pays au printemps 1948. Le chagrin déchirant d'une mère silencieuse devant le départ sans retour de son fils prodigue
Les larmes d'une enfant de douze ans tenant dans ses bras son petit frère ! Le vieil arbre flottant à la dérive sur le fleuve ne peut retourner à sa terre natale, cette image voltigeait dans mon plafond lorsque, au port de Saigon, le Porthos leva l'ancre en cette triste fin d'après-midi.Le paquebot des Messageries maritimes mettra plus de quatre semaines pour nous trimballer de Saigon à Marseille.En quatrième classe, je voyage dans la cale avec une dizaine de jeunes qui veulent faire leurs études en France. Nous dormons sur des couchettes superposées. En fond de cale reposent les cercueils des officiers du corps expéditionnaire français récemment tombés dans une embuscade à Dalat. Les fantômes de la guerre d'Indochine nous poursuivent. »Etre un étrangerp. 43« Cet hiver-là, je découvre pour la première fois de ma vie de l'eau gelée, dans la vasque devant l'église Saint-Sulpice. Je touche au bloc de glace. » La langue.p. 42« Chez nous, en pays chaud, on dort sur le lit de camp formé d'épaisses planches rassemblées et on se couvre de nattes. Nous ignorons l'expression « entrer dans le lit ».Lutter ensemble, lutter contre.p. 102" [
] le choc émerveillé de la rencontre avec l'esprit libertaire de Rousseau a eu lieu, que ce soit pour lutter contre l'impérialisme colonial ou contre la bureaucratie dominante. »

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