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Les chiens et les loups

Type : LivreGenre : Fiction, romanAuteur: NEMIROVSKY, IrèneEditeur : s.l. : Albin Michel , 2004Description matérielle : 334 p.Résumé : Résumé : "Deux enfants juifs de 12 ans vivent dans un ghetto d'une ville d'Ukraine, au début du XXe siècle. Ils s'enfuient pour Paris. Un récit sur la fuite, l'exil, la nostalgie, et l'amour" - Livres-Hebdo 30/05/2008 De l'Ukraine à l'Europe orientale, en passant par Paris, l'histoire d'une peintre : Ada Sinner, et de ses compatriotes juifs ukrainiens. L'auteure brosse un portrait social de la communauté juive dans les années 30. Elle nous fait découvrir le milieu des petits commerçants, des artisans, des artistes, mais aussi celui des grands banquiers. A la croisée des cultures juive, française et slave, cette romancière ne cesse de surprendre par sa modernité." - présentation de l'éditeur Irène Némirovsky, née en 1903 à Kiev, est morte le 17 août 1942 à Auschwitz.Extrait : Rapport aux autres: antisémitisme.p. 168-170En 1914, la famille Sinner a dû quitter l'Ukraine en raison des pogroms pour s'exiler en France. Quelques années plus tard, le jeune Harry s'éprend d'une Française, Laurence Delarcher, et veut l'épouser. Leurs deux familles sont fortunées, mais le père de la jeune fille s'oppose farouchement à cette union « Non ! Un tel mariage n'était pas souhaitable. Non que le père de Laurence fût croyant, mais D'ailleurs, il ne s'agissait pas seulement d'un Juif, mais d'un étranger. On n'épouse pas, on n'admet pas dans sa famille un étranger. Non, cela était un jugement trop hautain et abrupt, sans doute. La vérité était qu'il faisait en esprit une discrimination entre diverses catégories d'étrangers. Un Anglo-Saxon, un Latin, passe encore Une de ses s½urs avait épousé un Espagnol. On ne pouvait pas dire grand chose de cette union, car la pauvre femme était morte en couches. Il ne pouvait s'empêcher de croire qu'un Français eût su faire des enfants à sa femme sans l'exposer à la mort. Mais il était resté en bons termes avec ce beau-frère. Il n'était donc pas xénophobe, non, mais tout ce qui venait de l'Orient lui inspirait une insurmontable méfiance. Slave, Levantin, Juif, il ne savait lequel de ces termes lui répugnait davantage. Rien de clair là, rien de sûr Considérez, par exemple, la fortune des Sinner. Une grande fortune, certes. Trop grande justement, aux frontières mal délimitées, mouvantes Il y avait d'une part les sucreries d'Ukraine et de Pologne ; les premières avaient été vendues, disait-on, avant la révolution russe ; les secondes marchaient à plein rendement : voire ! Vague, tout cela, flottant, obscur Une fortune étrangère, des histoires étrangères Ah ! mauvais, cela, mauvais La banque elle-même, qui appartenait aux oncles de Harry et où Harry faisait son apprentissage jusqu'au jour où il entrerait comme associé, cette banque, universellement célèbre, elle l'irritait par ses attaches internationales, par sa réputation, par des légendes de pouvoir occulte. Une maison solide, familiale, sûre comme la sienne, alliée à celle des étrangers ? Non. A l'origine de sa maison, à lui, il y avait une vieille banque de province, gérée par les siens de père en fils. A l'origine de cet établissement des Sinner on eût trouvé sans doute quelque boutique de changeur, quelque échoppe de revendeur, quelque usurier qui prêtait à la petite semaine. Ah ! que cette union lui eût déplu !... Cette hostilité avait peut-être à sa base une impression physique. Les oncles de Harry étaient des hommes de petite taille, au teint huileux, aux traits aigus, aux yeux inquiets. Delarcher était un colosse, au visage fortement coloré, aux épais sourcils, à la voix claironnante. »Note : Albin Michel, 2004Sujet - Nom commun : femme | exilé | ukrainien -- population | juif -- population Sujet - Nom géographique : Paris -- commune Dewey : 843 ; 891.7
Type de document Site actuel Cote Statut Date de retour prévue Réservations
Empruntable Empruntable Fonds littéraire NEM R (Parcourir l'étagère) Disponible
Réservations : 0

Albin Michel, 2004

Résumé "Deux enfants juifs de 12 ans vivent dans un ghetto d'une ville d'Ukraine, au début du XXe siècle. Ils s'enfuient pour Paris. Un récit sur la fuite, l'exil, la nostalgie, et l'amour" - Livres-Hebdo 30/05/2008
De l'Ukraine à l'Europe orientale, en passant par Paris, l'histoire d'une peintre : Ada Sinner, et de ses compatriotes juifs ukrainiens. L'auteure brosse un portrait social de la communauté juive dans les années 30. Elle nous fait découvrir le milieu des petits commerçants, des artisans, des artistes, mais aussi celui des grands banquiers.
A la croisée des cultures juive, française et slave, cette romancière ne cesse de surprendre par sa modernité." - présentation de l'éditeur
Irène Némirovsky, née en 1903 à Kiev, est morte le 17 août 1942 à Auschwitz.

Extrait Rapport aux autres: antisémitisme.p. 168-170En 1914, la famille Sinner a dû quitter l'Ukraine en raison des pogroms pour s'exiler en France. Quelques années plus tard, le jeune Harry s'éprend d'une Française, Laurence Delarcher, et veut l'épouser. Leurs deux familles sont fortunées, mais le père de la jeune fille s'oppose farouchement à cette union
« Non ! Un tel mariage n'était pas souhaitable. Non que le père de Laurence fût croyant, mais
D'ailleurs, il ne s'agissait pas seulement d'un Juif, mais d'un étranger. On n'épouse pas, on n'admet pas dans sa famille un étranger. Non, cela était un jugement trop hautain et abrupt, sans doute. La vérité était qu'il faisait en esprit une discrimination entre diverses catégories d'étrangers. Un Anglo-Saxon, un Latin, passe encore
Une de ses s½urs avait épousé un Espagnol. On ne pouvait pas dire grand chose de cette union, car la pauvre femme était morte en couches. Il ne pouvait s'empêcher de croire qu'un Français eût su faire des enfants à sa femme sans l'exposer à la mort. Mais il était resté en bons termes avec ce beau-frère. Il n'était donc pas xénophobe, non, mais
tout ce qui venait de l'Orient lui inspirait une insurmontable méfiance. Slave, Levantin, Juif, il ne savait lequel de ces termes lui répugnait davantage. Rien de clair là, rien de sûr
Considérez, par exemple, la fortune des Sinner. Une grande fortune, certes. Trop grande justement, aux frontières mal délimitées, mouvantes
Il y avait d'une part les sucreries d'Ukraine et de Pologne ; les premières avaient été vendues, disait-on, avant la révolution russe ; les secondes marchaient à plein rendement : voire ! Vague, tout cela, flottant, obscur
Une fortune étrangère, des histoires étrangères
Ah ! mauvais, cela, mauvais
La banque elle-même, qui appartenait aux oncles de Harry et où Harry faisait son apprentissage jusqu'au jour où il entrerait comme associé, cette banque, universellement célèbre, elle l'irritait par ses attaches internationales, par sa réputation, par des légendes de pouvoir occulte. Une maison solide, familiale, sûre comme la sienne, alliée à celle des étrangers ? Non. A l'origine de sa maison, à lui, il y avait une vieille banque de province, gérée par les siens de père en fils. A l'origine de cet
établissement des Sinner on eût trouvé sans doute quelque boutique de changeur, quelque échoppe de revendeur, quelque usurier qui prêtait à la petite semaine. Ah ! que cette union lui eût déplu !... Cette hostilité avait peut-être à sa base une impression physique. Les oncles de Harry étaient des hommes de petite taille, au teint huileux, aux traits aigus, aux yeux inquiets. Delarcher était un colosse, au visage fortement coloré, aux épais sourcils, à la voix claironnante. »

Centre de ressources Abdelmalek Sayad - Établissement public du Palais de la Porte Dorée - Musée national de l'histoire de l'immigration
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